Post (dé)confinement : Faisons le bilan !

Après 2 mois de confinement, 15 jours de déconfinement en work in progress, où en êtes-vous ? Isabelle Kerisit, Francis Boulogne et Fabrice Agret co-fondateurs de Playitagain reviennent sur cette période

Un titre ou style de pièce de théâtre qui incarne la façon dont vous avez vécu ces 2 mois de confinement ?

Isabelle : Un mois à la campagne de Tourgeniev, pour moi c’était plutôt deux mois à la mer..

Francis : ” Huis clos” de Sartre. L’existentialisme et des questionnements sur notre raison d’être. La raison d’être de l’être que nous sommes et la proposition nietzschéenne d’arrêter de chercher le sens de la vie, de vivre d’abord et d’en chercher le sens après. Huis clos est la pièce où Sartre écrit :“l’enfer, c’est les autres”. En ce qui m’a concerné pendant cette période de confinement, l’enfer fut le manque des autres, de certains autres que j’aime et que je n’ai pu voir ni toucher.

Fabrice : En attendant Godot. On ne sait pas ce qui va advenir. Mais ça reste serein. Ça me relie à l’essentiel dans ma vie et me permet de regarder mon travail différemment.

Une discipline particulière qui vous a accompagné/aidé pendant ces 2 mois ?

Isabelle : Accident de ski juste avant d’être confinée, je n’ai pas pu utiliser la carte jogging comme je l’aurais sans doute fait autrement. Je dois mon salut au pilates en ligne et aux promenades chronométrées aux abords des plages bretonnes interdites, redevenues sauvages et auréolées d’une attractivité mystérieuse.

Francis : La marche. Deux heures de marche soutenue par jour. J’ai été confiné dans ma famille dans une région coupée du monde, au milieu des champs. Je marchais sans me mettre hors la loi. La marche comme moyen de méditation, de réflexion, et de respiration. Si les grands penseurs ont beaucoup marché, les ignorants le peuvent aussi.

Fabrice : Du yoga quotidiennement et des cours de philosophie sur You Tube. Là aussi, recentrage et prise de recul.

Un héros de la littérature qui incarne la façon dont vous avez géré la situation ?

Isabelle : Un Robinson Crusoé, réfugié en bretagne, qui recré son écosystème à partir d’une simple connection internet

Francis : Edmond Dantès, du roman “le comte de Monte-Cristo” de Dumas. Il y  aurait un trésor caché sur cette île où je suis retenu confiné. Dès que je m’en échapperai, je deviendrai riche, de je ne sais quoi, mais riche. Mon château d’If, if, pourtant, met une condition. If what…? Je décide de renoncer à chercher, la réponse apparaîtra quand le courant sera favorable et je quitterai le rocher.

Fabrice : Ce serait un explorateur qui découvre un pays et recherche des chemins possibles. Des routes ou des pistes qui relieraient des sociétés entre elles.

Une expression que vous avez envie d’associer au déconfinement ?

Isabelle : Liberté chérie !

Francis : Fais ce que toi seul peut faire.

Fabrice : Joker !

A la rentrée prochaine, votre nouvelle pièce de théâtre sort. Quel titre allez-vous lui donner ?

Isabelle : C’est reparti !

Francis :  Le courant est porteur. Il suffit d’un pas pour le suivre. L’histoire de personnages nourris des mythes volontaristes, qui essaient de comprendre et de contrôler leur existence, pour que leur vie ait un sens.  Ils sont confrontés à des événements  imprévus, insensés, dont ils cherchent pourtant le sens. Ils consacrent plus de temps à essayer de comprendre leur vie qu’à vivre.  Au fur et à mesure de la pièce, ils comprennent que ce qui est insupportable dans leur souffrance, c’est de lui chercher un sens et de ne pas en trouver.  Ils réalisent progressivement que la beauté d’être, d’exister, se niche basiquement dans le fait qu’ils auraient pu ne pas être. Cette pièce serait bien sûr, une comédie musicale légère, avec un superbe orchestre, car pour reprendre ce que disait Cioran à propos de la  musique de Bach, la musique est la seule preuve vraiment sérieuse de l’existence du divin.  En ouverture, cantus in memoriam, de Benjamin Britten, par Arvo Pärt.

Fabrice : Ce serait une pièce qui présenterait des tranches de vie de différents personnages. Au début tout semblerait chaotique et incertain. On découvrirait peu à peu que du sens naît de tout cela.